Une escapade muséale en famille peut facilement virer au cauchemar. Ici, elle n’en aura pas le temps ! La villa « Le lac » Le Corbusier, en seulement 64 m2 de surface, condense une grande partie des principes de l’architecte visionnaire suisse. De quoi contenter, en un clin d’oeil, aussi bien les amateurs d’art les plus avertis que les ados les plus récalcitrants.

L’œuvre radicale de l’architecte né à La-Chaux-de-Fonds en 1887 ne laisse jamais indifférente. On adhère, ou pas. Mais ici, point de débauche de béton «brut de décoffrage», comme à la Cité Radieuse à Marseille et Rezé, ou à l’Unité d’habitation de Berlin. Au contraire, dans le village de Corseaux, près de Vevey, La Villa «Le Lac» Le Corbusier exhale un charme discret. Ce petit bijou architectural aux lignes épurées et à la beauté fragile fut construit en 1923 sur les berges du Léman encore vierges d’habitations, pour les parents de l’architecte. Long de 16 mètres et large de 4 mètres, il trône aujourd’hui au milieu d’une Riviera vaudoise à l’élégance presque ostentatoire.

RADIEUSE POUR LES UNS, OFFENSANTE POUR LES AUTRES

En dépit de son profil modeste (en comparaison des projets réalisés par la suite), la construction heurte certains de ses contemporains, en particulier les milieux conservateurs, critiques à l’égard de l’avant-garde. La qualifiant de «crime de lèse-nature», avec ses matériaux, son dépouillement absolu et sa forme insolite pour l’époque, le conseil municipal d’une commune voisine en interdit même son imitation. Si elle se fond aujourd’hui harmonieusement dans le paysage de la côte et ne fait plus une vague (surtout comparée au siège de Nestlé implanté à deux pas) son apparence extérieure a dynamité à l’époque les codes esthétiques et l’habitat relativement homogène prédominé en particulier par les maisons familiales à deux pans.

L’ARCHÉTYPE DE LA MAISON MINIMALE

Malgré ses détracteurs, la «machine à habiter» (comme le décrit Le Corbusier) fera un grand nombre d’émules un peu partout dans le monde. Véritable manifeste architectural, elle porte en germe toute la vision de Le Corbusier, en particulier sa réflexion sur la rationalisation de l’espace, la question de l’habitat minimum et de l’habitat en série pour le plus grand nombre… Des arguments qui feront débat et diviseront les experts tout au long du XXe siècle. Outre ses lignes géométriques pures opposées à l’esprit ornemental en vigueur à l’époque, la petite maison répond à trois des «Cinq Points de l’Architecture moderne», une série de principes d’architecture publié en 1927 : le toit-jardin qui se substitue aux combles traditionnels, le plan libre, qui permet à l’architecte, grâce au béton armé, de s’émanciper des murs portants et déployer une dynamique spatiale originale et enfin, la fenêtre en bandeau qui court tout au long de la façade et inonde l’intérieur de lumière.

METTRE EN SCÈNE LE PAYSAGE

Compte tenu de la dimension des lieux, on pourrait difficilement rater le jardin qui, à lui seul, vaut aussi le détour. C’est un petit écrin de nature, extrêmement travaillé (une espèce au moins fleurit tous les mois) qui jouxte la villa. Cloîtré, il parvient à sublimer le décor grâce notamment à sa fenêtre qui fait écho à celle de la villa. Un détail qui n’est pas anodin, car cette ouverture impose habilement le cadrage du paysage et de la vue sur le lac.
Depuis 2016, La Villa «Le Lac» est inscrite, avec 16 autres bâtiments de Le Corbusier répartis dans 7 pays, sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Le lieu, aussi ingénieux que fonctionnel fourmille de petites trouvailles très inspirantes et d’anecdotes qui rendent la visite amusante: la grille pour le chien au fond du jardin, la chambre d’amis et salle d’eau modulables, les lits gigognes…

POURSUIVRE

Quand on visite en famille, il faut être capable de se délecter des petites choses dont l’intérêt est souvent inversement proportionnel à la taille. Si vous y êtes parvenus, avec cette maison-musée, vous pourrez poursuivre ce tour d’horizon de l’architecture moderne avec la visite de L’Atelier De Grandi qui se trouve également à Corseaux. Icône elle aussi de l’architecture rationnelle, cette villa fut réalisée en 1939 par l’architecte italien Alberto Sartoris. Si à l’inverse, la visite n’a pas convaincu, vous pourrez toujours vous rabattre sur un programme encore plus ludique au bord de l’eau. Les environs de Corseaux ne manquent pas de paradis naturels et de plages isolées pour se baigner.

+ d’infos : http://villalelac.ch
Ouvert les vendredi, samedi & dimanche de 11h à 17h jusqu’au 27 octobre et accessible 24h/24 et 365 jours par an sur rendez-vous pour les groupes dès 12 personnes.

Sophie Barenne

Diamant Alpin
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